Un temple ouvert
Le titre de l’article pourra peut-être surprendre car comment un journal intime peut-il être public ?
Ce qui caractérise l’intime est le secret, ce qui est caché, sacré. Le profane est celui qui n’est pas autorisé à pénétrer dans le temple. Mais voilà, aujourd’hui via internet le temple est ouvert au public.
L’intime, dont nous parlons aujourd’hui, est l’intime de l’écriture, de soi à soi, l’intime du désir d’écrire qui s’inscrit déjà cependant dans une autre forme de désir; un désir bien plus façonné d’anticipation : celui d’être lu, connu, reconnu. Car il faut bien le reconnaître et ne pas se laisser bercer par les sirènes de l’hypocrisie : j’écris face à moi-même ce soir, refermé sur l’intime et le sacré de mon univers mais c’est bien à un autre, des autres, que s’adresse cet article.
L’expérience d’écriture
Ce n’est pas une si mince affaire que cela, entre le journal intime d’antan qui restait secret, parfois même fermé à clé, et le blog d’aujourd’hui, il y a toujours l’intimité d’un message, un « dit qui n’épuise jamais le dire », mais une intimité extravertie et paradoxalement assumée comme telle.
Mon temple est ouvert au public, aux « visiteurs », et je suis entièrement responsable de ce qui ils y trouveront. En ce sens, écrire pour son blog, ou écrire pour un autre, ne peut se concevoir sans un rapport à l’éthique. C’est parce que l’immatériel et le virtuel ont cette facétieuse capacité de masquer l’homme ou la femme qui l’animent pourtant que ce nouveau journal intime public, qu’est le blog, devrait nous responsabiliser encore plus à l’égard de ce qui s’y écrit.
Voilà donc un an et demi que j’y écrits sur mon blog, mon blog qui me sert de support pour l’animation d’un réseau de coachs. Qu’est-ce que je peux vous en dire ?
La réputation
Avant d’être l’e-réputation, l’e-réputation est la réputation. Qu’est-ce que la réputation : « La somme des malentendus que l’on accumule sur son propre nom », nous rétorquerait le philosophe ! Plus terre à terre : ce que « On » va dire de vous, après que vous ayez dit quelque chose de « ON ».
La formule mathématique correspondante est simplissime : 2 – 1 = 1
2 est la totalité : le « on », la blogosphère, qui parlera de vous, sur vous.
1 est la partie : c’est vous qui parlez à la totalité. En prenant cette parole, vous êtes devenu « sujet » et vous critiquez, commentez et observez la blogosphère, l’objet blogosphère.
1 est donc votre part de subjectivité agissante, induite, dans l’immense zone mondiale de chalandise à intersubjectivités partagées qu’est le web. Lorsqu’elles ne peuvent parler individuellement, elles parlent d’une seule voix, la Voix, formant ainsi le 2, la totalité.
C’est cette totalité qui déterminera votre réputation, c’est-à-dire votre manière d’être, en tant que partie du tout, influencé par le tout, ou au contraire capable d’influencer le tout.
J’ai donc appris, sur la réputation, que l’on ne pouvait en prendre soin soi-même, du moins directement, ce sont les autres qui le font pour nous. Nous pouvons par contre être conscient de cela et agir en accord avec notre éthique et nos valeurs, ce qui contribuera à influer notre réputation dans le sens que nous souhaitons.
Sur ce point les questions à se poser sont : Ecrivons-nous pour le web ou sur le web ? La blogosphère est-elle un moyen ou une fin ?
Sur l’expérience même de l’écriture, des échanges avec certaines personnes m’ont appris que pour certains le fait d’écrire est une véritable difficulté. Je ne suis pas un expert en la matière mais vous propose toutefois une suggestion : si vous avez des difficultés à écrire sur votre blog, pourquoi ne pas commencer par écrire sur ces difficultés ?
S’apprendre à écrire
Vous intéressez certainement d’autres personnes vivant les mêmes difficultés que vous et prendrez ainsi confiance en vous dans l’idée que ce que vous écrivez intéresse des lecteurs.
Il y a, je crois, deux choses importantes à connaître sur l’expérience de l’écriture :
1- Pour écrire, il faut de la disponibilité. C’est-à-dire un temps, programmé ou pas, dans lequel aucune autre action que celle d’écrire ne vous sera demandée. C’est au cœur même de cette forme d’exclusivité qu’il est nécessaire de se recentrer sur soi afin de trouver les sujets dont nous avons le plus envie (ou besoin) de parler.
2- Pour savoir de quoi nous allons parler, il est tout aussi important de se connecter à ce qui se passe en nous au moment même où nous nous sommes mis à l’écriture. Se connecter ainsi au présent de son écriture, ou de ses actions, certains appellent cela : méditation. Pour ma part, je suis parfaitement d’accord avec cette idée, dès lors que l’on ne sature pas le mot de toutes sortes d’exotismes encombrants et inutiles. Méditer, c’est simplement être au présent de l’expérience que nous vivons, qu’il s’agisse d’écriture ou de tout autre chose.
Je vous souhaite de belles pages à venir…
Ayez la partigitude, la cool attidude, c'est ça la bloguitude !





Merci et bravo pour cette page
Je m’amuse moi aussi à écrire, ce que je pensais détester dans la vie réelle.
Ce que je veux témoigner est qu’effectivement écrire ou construire un blog est un effort sur nous même, un véritable travail de « mise à nue » qui passe par des hauts et des bas comme tout projet, un apprentissage ou nous ne partons pas tous égaux sur la ligne de départ.
Nous ne sommes certes pas tous égaux, mais la volonté et l’envie sont deux alliées de poids dans cette course, qui n’en est pas une d’ailleurs.
La seule course qu’il pourrait y avoir, c’est un truc en conscient et inconscient. Donc, une sorte de dualité entre le vouloir et le pouvoir.
Trop souvent, le « pouvoir » (lire, je ne peux pas) prend le pas sur le vouloir à grand renfort d’excuses toutes faites.
A un moment, faut y aller ! C’est comme dans le boulot, faut-y aller ! Alors, on y va, et puis, y’a pas mort d’homme au bout, ou encore d’huissiers, de saisie de bien.
C’est un aspect purement narcissique qui nous retiens, la peur (naturelle ?) d’écorner notre image aux yeux des autres et de nous même.
Mais on risque quoi ? De réussir ? Ho mon Dieu !
Merci à vous Stéphane. Vous avez entièrement raison, nous ne partons pas tous égaux mais nous sommes tous égaux dans la possibilité que nous avons de le devenir. Mêmes si les inégalités et les différences existent, le désir est une caractéristique humaine commune à tous. Bonne continuation à vous.
Cdt
Norbert
Pingback: Apprendre du blog et des mots | Inter Net'attitude | Scoop.it
Pingback: Ecrire pour un blog
Bonjour Stéphane,
écrire c’est exprimer aux autres qui l’on est. C’est se dévoiler aux autres et cela à un plus large public. C’est apprendre à franchir certaines barrières car tôt ou tard, nos proches apprendront à travers nos écrits à mieux nous connaitre.
Depuis que j’ai créé mon blog je trouve un réel plaisir à écrire et à partager mes idées à travers mes articles.
Amicalement,
Samuel
C’est la base du blogging à mon sens. Sans volonté de partage, il est compliqué de durer.