Dans la série « Pourquoi je blogue », 4h18 ouvre aujourd’hui ses colonnes à Le Réverend, auteur de http://orpheomundi.fr
Ton parcours de blogueur, depuis tes débuts, ça ressemble à quoi ?
Bonjour,
Ça ne fait que deux ans mais il est très chaotique car intimement lié à ma vie ; des moments de rush et des creux, mes humeurs influençant le rythme des publications. Les travaux de rénovation/agrandissements récents m’ont aussi tenu éloigné pendant quelque temps. Ce qui n’était au début qu’une activité annexe est devenu un point important dans ma vie en m’ouvrant de nouveaux horizons et de nouveaux projets. Mon seul but au départ était de présenter mes écrits en m’excusant de le faire. Jamais je n’aurais pensé que je finirais par administrer un réseau.
Cette activité a aussi apporté d’autres changements importants et a contribué à me faire murir, même si j’ai toujours 13 ans d’âge mental. Je suis fondamentalement un dilettante constamment dans la fuite, se lassant très vite et finissant immanquablement par abandonner ses projets. De publier et d’avoir des gens attendant la suite et surtout de gérer un réseau où les gens comptent sur moi m’a pas mal responsabilisé.
En dépit de toutes des variations évoquées, il y a une constante heureuse depuis le début : les rencontres inattendues que j’ai pu faire. L’altérité est la plus belle chose qui soit dans la vie d’un blogueur.
Au niveau de l’écriture même et le statut de blogueur, je me sens plus libre dans la nouvelle forme adoptée. Avant cela, mes nouvelles où mes pensées se confondaient avec le reste du site. À présent tous mes textes sont sur un blog au sein du réseau ce qui est plus confortable. Je me posais trop de questions et je pense que les contributeurs devenus auteurs se sentent aussi plus libres ainsi.
Pour résumer, ce parcours est surtout de l’ordre de l’humain.
Quelles sont tes motivations dans le blogging ?
Ma motivation ? Le plaisir ! J’ai envie de partager, de faire connaître des artistes, que ceux-ci puissent avoir un espace pour s’exprimer. Rien ne me fait plus plaisir que d’avoir un visiteur qui aime ce qui est proposé. Qu’importe la notoriété (mais venez quand même). Je ne cracherais pas sur le fait d’avoir des milliers de visiteurs par jour, mais si c’était la principale préoccupation, les choix initiaux que j’avais faits et les décisions prises avec le reste de la communauté seraient différents aussi bien dans le fond que dans la forme.
Je fuis la quête du « buzz », ce terme que je méprise au plus haut point pour tout ce qu’il représente et pour sa déplaisante sonorité. Ce que nous voulons faire c’est établir quelque chose dans le temps ; nous poser pour réfléchir, créer, profiter. Je me permets de parler aussi au nom de cette communauté car ça fait partie de ce qui nous lie (en vérité c’est notre amour de « Ken le survivant » qui nous réunit mais c’est moins classe).
Une amie blogueuse me disait un jour que « j’en demandais beaucoup » à mes lecteurs. C’est vrai. Ce que j’écris peut être long et pas forcément évident à lire le soir après une dure journée, je le reconnais (je viens de perdre la moitié des lecteurs potentiels). Au moins j’essaie de faire quelque chose de personnel et j’espère d’original.
Quels sont les objectifs que tu poursuit avec ton blog ?
Attention, ça va être tordu. Depuis des années, j’ai une thématique obsessionnelle sur laquelle j’écris régulièrement : « L’-île-où-les-rois-se-reposent ». Terme un peu cryptique tel quel. Toute ma vie j’ai cherché à être chez moi. Que ce soit un lieu, un concept, une personne ou n’importe quoi d’autres de physique ou d’éthéré. Il s’agit d’un endroit où je peux m’asseoir sous un arbre et regarder jusqu’à la fin l’aube et le crépuscule dans un état de plénitude. Ne pouvant le trouver si facilement, j’ai décidé de le créer petit à petit. L’Orpheo Mundi est une pierre dans l’édification de ce lieu ; j’y suis chez moi.
Si j’ai appelé mon blog au sein du réseau « le Rêve-Errance » c’est parce que ce nom est le symbole de ce que je suis et de ce que j’essaie de faire. J’ai toujours été un peu paumé dans la vie, je ne sais pas trop où je vais mais j’y vais. Au final, tout ce grand discours peut être résumé par le générique de cette vieille série (par pitié, si nos routes se croisent un jour, ne m’offrez pas une boîte de Canigou, plutôt une bière)
http://www.youtube.com/watch?v=LKE6FMNLz7o
J’ai un idéal esthétique prenant de la place et j’ai tendance à être dans l’impératif catégorique kantien. J’ai envie que le monde ait une certaine apparence. À ma manière, j’essaie d’y contribuer même si au final ce n’est que du virtuel. J’espère pouvoir transmettre ma dévotion pour l’art. S’il n’y a qu’une personne de touchée, j’espère qu’elle pourra à son tour transmettre un peu de cet amour à une autre personne et que cette chaîne se poursuive. Cela fait beaucoup d’espoir mais c’est mon vœu pieux de Révérend. J’ai toujours aimé apprendre et j’ai toujours aimé transmettre le peu que je savais. Je ne suis qu’un maillon pouvant décider dans une certaine mesure de son utilité.
J’avais prévenu que c’était tordu
Quel regard portes tu sur la blogoshpère aujourd’hui ?
Je n’ai découvert la notion de blogosphère que tardivement ; c’était lors de mon inscription aux Golden Blog Awards. C’est là que j’ai pu entrapercevoir ses codes, ses rites, des concepts comme les « blogs influents », les notions d’affiliations on encore d’articles sponsorisés. À vrai dire, tout ceci ça n’a pas une grande importance pour moi.
Pour être honnête, je n’aime pas tellement ce terme. Je trouve que cet aspect sphérique aboutit à un côté « on tourne en rond ». À force, certains sites dans telle ou telle catégorie finissent par se ressembler.
Je préfère parler de tapisserie : on tire un fil et par le biais des liens dans l’article, dans la « blogoliste » ou dans les commentaires on passe d’un monde à l’autre.
Le terme de blogosphère me fait parfois penser aux boules de neige qu’on agite dans tous les sens : à l’intérieur tout est en branle, le monde se renverse, le chaos et l’entropie bouleversent ce petit monde ; mais quand on regarde ensuite le monde réel, rien en change. Il n’y a que les personnages de la sphère qui ont eu leur univers bouleversé. J’ai parfois l’impression qu’être dans la blogosphère revient à courir dans la paume du Bouddha.
Je ne nie toutefois pas son intérêt et l’impact que cela peut avoir sur le monde ou sur des vies. Si je reste sur la métaphore de la boule de neige, les mouvements effectués pour faire bouger la sphère sont semblables à un battement d’ailes de papillon pouvant créer une tempête. Je tiens aussi à préciser que cette réflexion ne concerne qu’une certaine « blogosphère occidentale » (terme un peu réducteur) ; l’intérêt et l’importance ne sont pas les mêmes quand il s’agit de blogs de dissidents qui risquent leur vie pour défendre des idéaux. Je ne fais qu’écrire dans mon petit confort douillet. Je trouve par moments certaines polémiques/guéguerres/échauffourées vaines et stériles.
Entre un blog people, un blog de « geek » ou un blog d’artistes, il y a de la marge. C’est aussi en cela que j’ai du mal quand j’entends parler de « la blogosphère » ; elle est trop hétérogène pour être réduite à ce terme. Si on veut vraiment rester sur la notion de sphère, je préfère dans ce cas parler d’univers avec ses différentes galaxies.
Si je te parle de monétisation, tu me réponds ?
Que ce n’est pas mon problème. Le seul moment où je me suis posé la question c’est lorsque je devais réfléchir à l’hébergement du réseau. Par crainte de me ruiner ou de devoir faire le plus vieux métier du monde pour financer le projet, j’ai dû penser aux moyens. Ma solution ? ouvrir une boutique en ligne pour vendre des fringues avec le logo de l’Orpheo Mundi. En fin de compte j’ai trouvé une solution financièrement raisonnable, ce qui m’a rassuré : je n’assumais pas du tout ce côté marchand et je ne me sers plus de cette boutique que pour faire des cadeaux à mes proches. Je comprends que l’on veuille gagner un peu d’argent et je comprends que l’on veuille ou qu’on ait besoin de financer les frais liés à la gestion d’un site. Pour ma part, j’ai toujours considéré que je payais pour mon hébergement comme un patient paie pour sa psychanalyse.
Concernant le contenu payant, je m’y refuse. Au début, quand j’ai ouvert le premier site sur la plateforme wordpress.com, j’étais dans une vision assez négative. Je me disais que je n’étais pas digne d’être publié. Je n’avais d’ailleurs jamais soumis le moindre manuscrit à la critique d’un professionnel. De fait, je vois mal comment j’aurais pu monétiser un contenu que je jugeais médiocre. Depuis, les retours positifs que j’ai eus m’ont donné un peu plus confiance mais je n’ai toujours pas envie de faire payer pour accéder au contenu. L’accès à la culture n’est pas donné, voire onéreux selon les situations. Les livres coutent chers. Si je peux offrir un peu de divertissement et un peu d’évasion gratuitement, alors ça me va et j’aime ça. C’est mon côté militant révolutionnaire de salon.
Pour le fait d’être édité : je vois suffisamment d’amis talentueux peiner avec leurs éditeurs. Ils sont publiés mais les conditions sont telles qu’ils ne vendent rien en dépit de leur talent. Eux comme d’autres sont bloqués par un contrat et ne sont pas lus. Je me sens libre et je suis lu. Je dis ça maintenant mais si un éditeur venait et m’offrait un pont d’or, je ne sais pas si ma résolution tiendrait.
J’ai été confronté une fois à une proposition de rémunération : un artiste avait pris contact avec moi pour me montrer ses créations. Elles m’ont plu et j’ai écrit un article sur lui non sans avoir intégré ses créations dans la galerie d’art. Après l’avoir fait, il m’a proposé de me donner une commission sur chaque vente qui serait faite via mon site (j’insiste sur le fait que cette proposition a été faite après que j’en ai parlé) Je lui ai répondu poliment que sa proposition était généreuse mais que je n’avais pas fait ça pour avoir une récompense, seulement parce que son travail m’intéressait. Quand je présente des artistes, je le fais parce que j’aime l’art, pas pour l’argent. Si je commençais à faire ça, jusqu’où irais-je ? À parler de choses que je n’aime pas ? À défendre des poseurs médiocres ? Changer le contenu pour gagner encore plus ? Je ne peux qu’emprunter en guise de réponse la tirade de Cyrano : « Non, merci »
Que dirais-tu à un « plus » débutant que toi ?
On lit des tonnes de conseils sur le net, il est inutile que j’en rajoute n’étant pas une bonne référence au niveau du référencement et de la visibilité.
Je dirais juste confraternellement : éclate-toi. Tu as une passion ? Eclates-toi. Tu as des instants de doute ? Prend le temps, va de l’avant et éclates-toi. Ne te mens pas, sois-toi et pas ce que tu penses qu’on attend de toi : ta vérité vaut mille conseils avisés.
Ok, c’est emphatique et sentencieux mais il faut bien que je justifie mon surnom révérenciel
Comment souhaite tu finir cet interview ?
J’ai l’impression de sortir d’une séance de psychanalyse. Je te dois combien ?
Merci en tout cas de nous donner à tous la parole.
orpheomundi
Ayez la partigitude, la cool attidude, c'est ça la bloguitude !




Je dois être une personne très tordue. Ton concept, je le visualise et le comprends avec une facilité déconcertante (ce n’est pas toujours le cas).
Et encore merci pour ce partage.
Merci à toi, je me sens moins seul du coup